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HISTOIRE ET WEB 2.0 : NOUVELLES RESSOURCES, NOUVEAUX OUTILS

27 Janvier 2013, 15:45pm

Publié par Eva Legras

Depuis longtemps, la pratique de la recherche en histoire est bien rodée : grosso modo, le spécialiste travaille sur ses sources, soumet ses résultats à diverses revues et éditeurs scientifiques à intervalle plus ou moins régulier, et profite des colloques, séminaires, et journées d'études pour se faire davantage connaître de ses pairs et discuter avec eux de ses trouvailles.

 

Ces usages n'ont bien sûr pas disparu, et constituent toujours le coeur du métier. Toutefois, force est de constater que les outils à disposition de l’historien se sont diversifiés. La principale innovation susceptible d'avoir un impact sur la pratique de l'histoire réside dans ce que l'on appelle le « web 2.0 ». Ce terme désigne les nouveaux usages du web : l'internaute n'est plus simple récepteur de contenus rédigés et publiés à son intention, mais devient acteur ; discussion, production et diffusion de contenus sont désormais les maîtres-mots.

 

Ainsi, les usagers disposent d'une grande diversité d'outils leur permettant d'échanger très facilement : forums, blogs, puis réseaux sociaux sont devenus des services incontournables de la toile, et sont aujourd'hui quotidiennement utilisés par des millions de personnes.

 

Pour les historiens, ces nouveaux media représentent une réelle opportunité, celle de dépasser le syndrome du chercheur isolé dans l'exercice de son travail, et dont les opportunités de communication à un public élargi se limiteraient à des espaces normés tels que la publication académique ou le colloque.

 

On constate ainsi depuis quelques années l'émergence d'un mouvement d'appropriation du web 2.0 par des chercheurs confirmés mais aussi des doctorants, désireux de développer de nouvelles formes de dialogue tant avec l'habituel public universitaire qu'avec le reste des internautes. ...

Le blog, entre outil de réflexion et support de diffusion :

 

Outil emblématique des débuts du web 2.0, le blog a connu son premier âge d'or avant l'émergence de Facebook. Un large public s'en était emparé aussi bien pour parler d'eux-mêmes que de leurs centres d'intérêts, d'actualité, de loisirs, etc.

 

A l'heure des réseaux sociaux, le blog semble délaissé en ce qui concerne le premier usage, mais demeure encore très actif pour les autres. Il s'agit d'un support idéal pour la diffusion d'informations ou de considérations personnelles sur des sujets divers : la publication périodique de billets ouverts à commentaires attire de nombreuses personnes désireuses de soumettre à un lectorat plus ou moins large le fruit de leurs réflexions.

 

Un tel outil ne pouvait qu'attirer l'oeil d'historiens à la recherche de nouvelles formes de communication. Les fonctionnalités de publication offerte par le blog ainsi que ses options d'échange constituent un hybride intéressant entre l'article académique et la pratique de la conversation, de la confrontation d'idées, voire du débat propre aux colloques.

 

Il existe une très grande diversité de blogs qui combinent de nombreux aspects, fonctions de qui les rédige, mais il est possible de distinguer deux grandes tendances :

1. Les blogs à vocation méthodologique :

 

Ils proposent des tutoriels, des conseils, des ressources pour aider l’apprenti chercheur voire le chercheur confirmé dans son travail.

 

Parmi ces blogs, on peut citer deux exemples :

 

Il s’agit d’un site qui propose des conseils méthodologiques, des bibliographies, des réflexions, des conseils aux étudiants de master en histoire, toutes périodes de spécialité confondues. Le but est de les accompagner dans leur apprentissage de la recherche en leur donnant les fondamentaux.

 

Il s’agit également d’un espace d’échange et de dialogue autour des nouvelles formes prises par la recherche, où des chercheurs viennent présenter leurs propres carnets, blogs, portails. Ce site se révèle d’une grande richesse, et  brosse un large panorama des techniques et des ressources utiles à l’apprenti-chercheur. Les billets portent généralement sur des sujets assez précis (par exemple, Comment utiliser les mémoires d’Ancien Régime ?), et permettent ainsi d’établir des focus très utiles pour le débutant.

 

Ce blog a vocation à proposer aux étudiants des conseils, tutoriels et présentations d’outils informatiques utiles à la pratique de l’histoire.

 

On y trouve aussi bien des conseils pour mieux utiliser des outils déjà connus (par exemple, le dernier billet en date au 27 janvier 2013, comme on le voit sur cette copie d’écran, traite de la recherche avancée dans les documents PDF), que des tutoriels pour s’approprier de nouvelles applications susceptibles de faciliter le travail de l’historien, comme par exemple, Zotero qui permet de créer, d’organiser et d’exporter des références bibliographiques (outil séduisant quand l’on sait toute l’importance de la bibliographie dans un travail de recherche !).

 

De façon générale, il relaie également les actualités (notamment appels à communication, colloques, conférences ...) ayant trait au recours à l’informatique par les historiens.

2. Les carnets de recherche :

 

Le blog se révèle également d’un grand intérêt comme support au processus de recherche. L’historien y publie ses réflexions, ses hypothèses, s’en sert comme d’une aide pour structurer ses idées ainsi que comme outil de communication pour demander l’avis de ses lecteurs.

 

En France, la pratique du blog a mis du temps à s’imposer au sein de la communauté scientifique, mais elle dispose aujourd’hui d’un support tout à fait légitime : la plateforme Hypotheses, gérée par Open Edition et qui offre aux chercheurs la possibilité de créer des carnets de recherche. Aujourd’hui, Hypotheses permet à de nombreux historiens français mais aussi étrangers de communiquer avec leurs pairs, et dans une moindre mesure avec le reste du web à propos de leurs travaux.

 

Les doctorants, tout particulièrement, semblent constituer un public particulièrement réceptif à cette nouvelle forme d’écrit et sont un certain nombre à tenir de tels carnets.

 

On peut citer comme exemple particulièrement représentatif de cette dynamique le carnet Hypotheses ouvert par un laboratoire junior récemment créé à l’ENS de Lyon et consacré aux Digital Humanities  :

 

Le but de ce carnet est de partager les travaux des membres de ce laboratoire mais aussi de réaliser une veille sur leurs problématiques de recherche et de contribuer à mieux faire connaître les Digital Humanities (auxquelles nous avons consacré un billet).

 

Même si Hypotheses constitue désormais une référence en matière de blog scientifique, il ne s’agit pas d’un monopole. D’autres blogs ou sites existent sur le web. On peut par exemple rappeler l’exemple du blog sur les manuscrits médiévaux évoqué dans un autre billet.

 

 

Ainsi, la pratique du blog (ou du carnet de recherche) permet de :

 

  • Partager de manière souple et beaucoup plus ouverte les travaux des historiens en dehors d’une communauté scientifique souvent très cloisonnée.
  • Diffuser des informations sur les colloques, séminaires, journées d’étude en lien avec les problématiques du blog. Certains publient aussi des comptes rendus très utiles pour ceux qui n’ont pas pu assister à ces manifestations.
  • Communiquer ses résultats de veille sur l’actualité de la recherche dans le domaine concerné par le blog.
  • Proposer des tutoriels, guides méthodologiques, conseils à l’attention des apprentis-chercheurs.

 

Pour l’étudiant, ces sites constituent un gisement de ressources à connaître, et qui lui permettent non seulement d’affiner ses compétences méthodologiques, mais aussi de toucher du doigt le processus même de la recherche dans toute sa complexité.

Les réseaux sociaux :

 

Pour finir, il convient de dire un mot au sujet de la présence des historiens sur Facebook, Twitter, etc. Il ne s’agit pas d’un mouvement de fond, du moins en France, et bon nombre de spécialistes de renom n’y communiquent pas au sujet de leurs travaux. Mais certains chercheurs et doctorants ont su s’emparer de ces réseaux pour faire partager de manière parfois ludique leur passion. Twitter constitue un exemple très intéressant de cette nouvelle forme de contact avec le reste des internautes.

 

C’est par exemple le cas de certains médiévistes, qui utilisent ce réseau pour publier régulièrement des images brièvement commentées avec humour d’enluminures  étonnantes ou amusantes : le compte du médiéviste néerlandais Erik Kwakkel constitue une référence en la matière.

 

Twitter est également un médium efficace pour être tenu au courant des appels à communication, colloques et séminaires susceptibles d’intéresser le chercheur : suivre les comptes d’institutions comme Calenda (plateforme d'Open Edition qui diffuse ce type d'informations) ou d’historiens particulièrement actifs comme Jean-Luc Deuffic permettent de suivre facilement l’actualité scientifique de leurs champs de spécialité.

 

Enfin, certains historiens diffusent une veille très intéressante sur leurs centres d’intérêt : le compte d’Evelyne Ferron fait partager à ses « followers » une grande diversité d’articles sur l’archéologie et l’histoire qui paraissent dans des sites en ligne d’information scientifique ou généraliste.

 

 

Ces ressources issues du web 2.0 ne sont en général que très peu évoquées dans les formations à la recherche en histoire. Elles constituent pourtant un nouveau type d’accès au savoir, certes différentes des revues, des ouvrages ou des sites internet institutionnels dont on a davantage l’habitude, mais où de plus en plus d’informations s'échangent. Les étudiants auraient donc tout bénéfice à connaître leur existence ainsi que l’aide qu’elles peuvent lui apporter.

 

 

Pour aller plus loin :

 

E. Ruiz, « Blogs et histoire : quelques observations et retours d’expériences », 21 janvier 2013.

E. Kwakkel, « My First Year on Twitter: How I Became @erik_kwakkel », 18 janvier 2013.

 

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